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Abbaye Saint-Sever-de-Rustan

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Article rédigé par Nelly POUSTHOMIS-DALLE
Société des Etudes du Comminges
in "Anciennes abbayes en Midi-Pyrénées"
(ISBN Addoc : 2.906793-19-1 ; ISBN Randonnées Pyrénéennes : 2-905521-45-7)

 

L'HISTOIRE

L'ancienne abbaye de Saint-Sever-de-Rustan se situe sur les rives de l'Arros, à une trentaine de kilomètres au nord-est de Tarbes.
On peut visiter l'église abbatiale romane, sa sacristie ornée de boiseries du XVIIIe siècle, ainsi que, datant de la même époque, les façades des bâtiments monastiques.
On sait fort peu de choses de ce monastère, puisque ses archives ont été détruites au XVIe siècle par les protestants.
L'identité du saint patron, Sever, reste très controversée, certains auteurs proposant d'y reconnaître l'historien chrétien Sulplice Sévère (v360-v420). Tout au plus, la découverte lors d'un sondage d'un vestige de sol en ciment rose sous la fondation d'un contrefort de l'église abbatiale, confirme-t-elle une occupation du lieu à l'époque gallo-romaine.

 

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La première mention connue du monastère remonte au début du XIe siècle : le duc de Gascogne fait alors appel à Arsius, l'abbé de saint-Sever, pour venir diriger l'abbaye de Saint-Pé-de-Générès qu'il vient de fonder. En 1087, le Comte de Bigorre, Centulle et sa femme Béatrix font appel à Saint-Victor de Marseille pour réformer Saint-Sever. A la fin du XIIIe siècle, l'abbé Bernard Ier de Samano et le roi de France Philippe concluent un paréage, le nombre de moines est limité à douze en 1317, mais l'abbaye semble encore assez florissante au début du XIVe siècle. Cependant, les malheurs de la guerre de Cent Ans conduisent les moines à adresser, en 1444, une supplique au pape, soulignant l'état misérable de leur monastère qui nécessite de grosses réparations.
La situation ne s'améliore guère avec la mise en commende de l'abbaye, puisque les abbés successifs ne résident pas sur place et accaparent les revenus.
En 1573, les protestants, conduits par le capitaine Lysier, incendient l'église et les bâtiments monastiques et pillent le village. Les habitants obtiennent du roi l'exemption de droits, taxes et impôts pour six ans, à condition que la ville soit restaurée. De son côté, l'abbé Michel de Sabathier (1576-1597) dirige la restauration de l'abbaye.

 

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La congrégation de Saint-Maur, à qui est confiée Saint-Sever en 1646, entreprend de réformer la vie des moines et de moderniser les lieux conventuels, ce qui est fait en 1688. Une série de plans de 1701 prouve qu'on envisage alors d'agrandir l'abbaye vers l'ouest, en impiétant sur les fossés et les murs de la ville. Cette cour d'entrée et les bâtiments qui l'encadrent sont achevés vers le milieu du XVIIIe siècle.
En 1776, on refait tout le plafond de la nef de l'église, on aménage la sacristie pour y transporter les boiseries qui ornaient inutilement une autre salle. On installe une nouvelle cuisine, un salon, on plafonne les cellules du dortoir et l'on fait construire le grand escalier qui existe encore dans un pavillon à l'angle sud-ouest du cloître. Tous ces travaux semblent être l'oeuvre de Dom Charles Lacroix, abbé de 1736 environ à 1780.

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L'abbaye est vendue comme bien national à la Révolution, à l'exception de l'église et de la sacristie. Le corps du bâtiment principal à l'ouest du cloître, est racheté par la municipalité en 1889, pour y loger l'école.
Le cloître, classé "monument historique" la même année, en fort mauvais état, est transféré à Tarbes et remonté dans le jardin Massey. L'aile sud de la cour est détruite en 1890, le mur de clôture rasé en 1901. L'ancienne abbaye est clssé "monument historique" en 1914, sauf le bâtiment est, inscrit en 1973 sur l'inventaire supplémentaire des monuments historiques.

 

 

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L'ARCHITECTURE


L'ancienne église abbatiale se compose d'une ***nef*** unique de quatre travées, en partie romane, coupée à l'est par un faux ***transept*** de style gohique, sur lequel se greffe un ***chevet*** de style gothique lui-aussi, comprenant une ***abside*** centrale polygonale et deux chapelles rectangulaires d'inégale longueur.
On pénètre dans l'église par un portail ouvert au sud dans la première ***travée*** de la ***nef***. Ce portail, qui se trouvait encore au début du XVIIIe siècle dans la troisième ***travée***, apparaît ici plaqué et mal ajusté. Dans les ***ressauts***, deux colonnes de chaque côté sont couronnées de ***chapiteaux*** historiés qui supportent la retombée de ***boudins***. Sur les corbeilles, on reconnaît notamment un centaure, le supplice de l'avare, un Christ en majesté dans une mandorle tenue par des anges. Le style et l'iconographie de ces chapiteaux et de ceux qui ornent la quatrième ***travée*** de nef sont à rapprocher de l'oeuvre de l'atelier de la porte des Comtes de Toulouse qui a travaillé à Saint-Sernin de Toulouse au début du troisième quart du XIe siècle.
A l'intérieur, les trois premières travées sont délimitées par des ***pilastres*** à colonne engagée qui ne supportent plus que de faux ***doubleaux*** peints sur le plafond en anse de panier de 1776. Ces piles, renforcées par des contreforts simples à l'extérieur (au sud surtout) et l'épaisseur des murs latéraux indiquent que cette partie de la ***nef*** était ou devait être voûtée. Les deux premières travées étaient surmontées au XVIIe siècle par la ***tribune*** des religieux, une seconde tribune plus étroite supportant l'orgue jusqu'à son transfert dans l'église saint Jean de Tarbes en 1815, puis dans celle de Castelnau-Magnoac. La quatrième ***travée*** s'individualise à bien des égards : par ses dimensions, par les quatre fortes ***piles*** articulées qui la délimitent et par son couvrement en ***coupole*** ; par certaines anomalies dans les parties hautes, certains ***ressauts**** de piles ne supportant rien ; par les ***contreforts*** à ***ressauts***, par une fenêtre romane curieusement percée dans un contrefort médian au sud, enfin par les vestiges du clocher qui la surmontait et dont il ne subsiste plus qu'un quart environ.
Toutes ces remarques ont conduit certains auteurs, dont Elie Lambert, à voir dans cette quatrième travée de ***nef*** actuelle une ancienne ***croisée*** de ***transept***.
Privée de ses ***croisillons*** que l'on supposait détruits par les protestants, elle aurait été fermée au nord et au sud par des murs latéraux et la fenêtre romane percée dans le ***contrefort*** median serait alors en réemploi. Elie Lambert proposait de restituer un chevet roman de trois ***absides*** accolées ouvrant sur le ***transept***, analogue à celui des deux abbatiales de Saint-Orens et de Saint-Savin de Lavedan.
Cette hypothèse ne faisant pas l'unanimité et aucun document ne permettant de trancher, nous avons eu recours à des sondages destinés à recouper les fondations des hypothétiques bras de ***transept***. Ni départ, ni arrache, ni fondation de mur, ni traces de pavement n'ont été retrouvés. Si la quatrième travée de nef ne peut plus être considérée comme une ancienne croisée de transept, son rôle ne peut cependant être limité à celui d'une simple travée de nef. Sans prétendre apporter de solution définitive et indiscutable, l'analyse de cette travée, reprise avec un regard neuf, nous incite à y reconnaître une ***travée*** de ***choeur*** précédant une ***abside***. Ce type de plan, regroupant une ***nef*** unique, un ***choeur*** très accentué qui magnifie le lieu où se tenaient les moines et met en valeur l'entrée de l'***abside***, se retrouve notamment dans l'ouest de la france, auquel appartient aussi la tradition de la fenêtre percée dans un contrefort. Les anomalies des parties hautes s'expliquent sans doute par la destruction du clocher, qui a du entraîner la réfection ou du moins le remaniement de la coupole sur pendentifs située en dessous.
Quoi qu'il en soit, les beaux ***chapiteaux*** qui couronnent les fortes ***piles*** ont été préservés : on y retrouve les thèmes et le style de l'atelier de la porte des Comtes de Toulouse : oiseaux ou lions affrontés, corbeilles feuillagées, ornées de boules ou de pommes de pin, Christ en majesté, enfin le péché originel avec Adam et Eve.
Du côté de l'est, le faux ***transept*** et le ***chevet*** actuels, de style gothique, se raccordent assez mal avec la partie romane de l'église. Toute cette partie orientale apparaît très irrégulière en plan comme en élevation, trahissant une reconstruction hâtive et plus ou moins réussie, postérieure aux destructions par les protestants, remployant des ***bandeaux*** ornés de ***billettes*** à la retombée de la ***voûte*** dans l'***abside***. Partout les ***ogives*** sont pénétrantes, les supports intérieurs sont faibles, mais l'ensemble est épaulé extérieurement par de puissants ***contreforts***.
Au nord de l'abbatiale s'étendait le ***cloître*** reconstruit au XVIIe siècle avec des éléments achetés, semble-t-il, aux religieux de Trie-sur-Baïse, dont le cloître avait aussi été détruit par les protestants. A saint-Sever, il ne subsiste plus du cloître, depuis son transfert à Tarbes, que le ***mur-bahut*** et les traces d'ancrage des galeries inférieure et supérieure dans le mur latéral nord de l'église. Ces quelques vestiges peuvent nous aider à compbler par l'imagination le vide de cette cour intérieure qui a perdu ses ***galeries***, tandis qu'ailleurs leurs arcades ornent un jardin, privées de leur contexte architectural.


Notice rédigée par Bernard VOINCHET
architecte en chef des monuments historiques
in "Anciennes abbayes en Midi-Pyrénées"
(ISBN Addoc : 2.906793-19-1 ; ISBN Randonnées Pyrénéennes : 2-905521-45-7)

 

L'ESPRIT DES LIEUX


Calme campagne où le passant doit s'arrêter pour ressentir combien les hommes ont ici modelé un paysage déjà habité aux temps préhistoriques et largement occupé à l'époque romaine : telle est la vallée de l'Arros, au relief harmonieux et au climat favorable, magnifiquement destinée à accueillir une abbaye que les moines construisent en bordure de rivière.
Mais quel contraste entre cette paisible vallée et un ensemble architectural trahissant une histoire mouvementée ! Leçon émouvante et parfois cruelle que ces grands bâtiments tout à la fois reflet de la brutalité des hommes, mais surtout de leur volonté de rebâtir et de magnifier l'oeuvre des prédécesseurs.
Arrivant à l'abbaye par l'ouest, on en perçoit tout de suite les diverses "dimensions" architecturales. D'un côté, l'abbatiale : le petit porche roman et les percements très réduits annoncent un univers intérieur dont la dimension spirituelle et cultuelle renvoie le fidèle à un "ordre" supérieur ; de l'autre, la façade du XVIIIe siècle parfaitement rythmée, fortement axialisée à l'image d'une communauté religieuse en pleine renaissance, faisant table rase des désordres des siècles antérieurs et cherchant à assurer sa présence en ce monde.
Tout cela correspond schématiquement à la vie de l'abbaye qui a connu deux grandes périodes de prospérité, chacune suivie de décadences, troubles ou abandons :

  • au-cours de la première période, du XIIe au XIVe siècle, l'abbaye s'organise autour du cloître : il en subsiste l'abbatiale et quelques éléments de maçonnerie encore intégrés dans les bâtiments et les ruines limitant l'aire du cloître :
  • durant la seconde, aux XVIIe et XVIIIe siècles, la communauté réaménage le cloître, l'église et diverses salles, mais surtout donne la priorité aux bâtiments d'habitation et d'apparat, qui sont alors entièrement reconstruits ; tournant le dos au cloître et à la conception primitve, ils s'organisent autour d'une cour en "U" ouverte vers l'ouest. Il en subsiste deux côtés : le beau bâtiment en pierres dorées et la grande construction ruinée, alors que, plus au nord, quleques bâtiments à usage agricole complètent la composition architecturale.

De tout cela émerge l'abbatiale : bien que très composite (nef unique romane, chevet gothique, voûtement de la nef largement remaniée à l'âge classique), elle présente cependant une belle unité de couleur et d'échelle, renforcée par un important mobilier des XVIe, XVIIe et surtout XVIIIe siècles. A l'orient, l'espace des ***stalles*** et l'***autel*** à double face constituent un ensemble tout particulièrement élaboré par les longues heures de prières communautaires. A l'occident, le visiteur doit, par la pensée, "replacer" sur la tribune les belles orgues qui sont aujourd'hui à Castelnau-Magnoac, et dont les sculptures en bois répondaient aux beaux chapiteaux romans de la nef.
Ce goûit permanent du décor a produit de nombreuses oeuvres qui se juxtaposent avec bonheur : il en va ainsi de l'ensemble de l'abbaye. Par exemple, le cloître, dont les quarante arcatures remontées dans un jardin tarbais permettent d'imaginer ce que furent les deux galeriess superposées, avec leur voûte et leur charpente évoquées puissamment par les traces encore visibles sur ses murs périphériques.
Le souci du décor court également tout au long des XVIIe et XVIIIe siècles et, si la sculpture sur pierre y est toujours présente -notamment en façade ouest-, le travail des staffeurs, des menuisiers et des serruriers est en tout point remarquable : superbe rampe en fer forgéde l'escalier monumental, magnifique plafond et décors muraux du même escalier et des grandes salles du bâtiment des hôtes. Enfin, belles portes intérieures et ensemble somptueux des boiseries de la sacristie qui n'ont d'égales que les stalles du choeur des moines.
Que le visiteur ne quitte point ce site sans se promener au bord de l'Arros : il apercevra la grande façade austère se reflétant dans un chenal oublié, enjmabé par le pont qui done accès à la grève et aux peupliers qui la bordent.



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