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abbaye de Camon

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HISTOIRE

 

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Aller à Camon, c'est accéder au coeur même du pays cathare, dans une région où le nom du moindre village frémit encore des horreurs de la croisade contre les Albigeois,  lorsque en cette triste année 1207, sous couvert de religion, mais dans un processus génocidaire visant la dépossession par le fer et le sang des biens de l'aristocratie foncière occitane pour le bénéfice de quelques soudards puînés franciliens, croisés d'occasion pour se tailler un fief, avec la bénédiction papale et l'appui contre-nature mais intéressé des plus hauts dignitaires cisterciens (notamment l'abbé de Cîteaux, Arnaud Amaury, légat du Pape, en quête de l'évêché de Narbonne), l'équipage hétéroclite des "croisés perdus" se livra à d'effroyables massacres sur des frères chrétiens et enfanta l'infâme "Inquisition".

Située dans la vallée de l'Hers, qui prend sa source au Col de Chioula à Ax-les-Thermes et se jette dans l'Ariège à Cintegabelle, confluent où les cisterciens de Boulbonne relevèrent leur abbaye de Mazères détruite durant les guerres de religion, CAMON est en Ariège, à cheval sur l'Aude (auquel elle fut rattachée de 1790 à 1794), entre Mirepoix et Lavelanet ; ses voisins ont nom Montségur, Puivert, Roquefixade, Foix, Carcassonne, Fanjeaux, synonymes de sanglantes batailles, de terribles supplices et de bûchers, comme plus récemment le tout proche Rennes-le-Château a acquis valeur de symbôle ésotérique dans l'inconscient collectif !.
Et la silhouette massive et menaçante du château-fort de Lagarde, à quelques kilomètres de là, rappelle que ce fief échut en 1212 à Guy de Levis, Lieutenant de Montfort, en remerciement des services rendus, dont la descendance devint, - après avoir rajouté  Mirepoix à son patronyme - jusqu'à la révolution une des plus illustres familles du royaume et un des plus anciens lignages ; ses membres furent conseillers de plusieurs rois de france, sénéchaux de Carcassonne, et accédèrent aux plus hautes dignités ecclésiastiques (dont le prieuré de Cambon). Ils sont intimement liés à l'histoire de ce pays.

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Camon, "Camou" en occitan moderne, dont le nom signifie "méandre" puisque située sur une courbure de l'Hers, est  aujourd'hui un village classé  par l'association "Les plus beaux villages de France", nommé aussi " le village aux 100 rosiers", dont les ruelles débordent au mois de mai de la floraison multicolore et du parfum de rosiers grimpants s'accrochant aux façades médiévales, souvenir d'une tradition vinicole liée à la  culture des rosiers par les vignerons pour se prémunir et anticiper l'attaque des pucerons.

Cette célébrité, elle le doit sutout aux fortications qui ceinturent la ville, surnommée également  " petite Carcassonne ", à l'ombre d'une abbaye bénédictine millénaire fortifiée , qui abrite aujourd'hui en grande partie une hôtellerie de luxe.

Cette abbaye est dédiée à saint Sauveur et à la Vierge Marie ; la tradition la fait remonter à Charlemagne en 778, qui aurait décidé la fondation d'un monastère sur le petit éperon rocheux qui domine un méandre de l'Hers ; mais le premier document écrit relatif à cette fondation date de 929 et fait réference à une donation en faveur de l'abbaye. En 943, l'abbé de Camon, Simplicus et ses frères, remettent  l'abbaye et ses biens à la puissante abbaye bénédictine voisine de Lagrasse, dont elle devint un prieuré ; se développe alors autour de Camon la culture de la vigne et des céréales pour le paiement de l'impôt dû à Lagrasse.
Le 18/06/1279, la rupture du barrage de Puivert détruit l'abbaye et ses dépendances,  ainsi que Mirepoix et les autres villages de la vallée.
Cela fragilise l'abbaye de Camon aux effectifs limités ; c'est pourquoi, lors de la création de l'évêché de Mirepoix (le 22/02/1317), le Pape Jean XXII décrète que douze moines de Lagrasse doivent s'établir à Camon.
Ce sont eux qui vont  édifier au début du XIVe siècle, pendant la guerre de cent ans, la première enceinte autour des bâtiments religieux.
Mais en 1494, CAMON et son abbaye sont de nouveau mis à sac par une bande de  "routiers" ; le manque de ressources amène les moines à abandonner les lieux, occupés par un seul sacristain ! Le Parlement de Toulouse se doit d'intervenir et place sous séquestre les revenus de l'abbaye,  exigeant de l'abbé de La Grasse l'installation  de six religieux et la reconstruction des lieux.
Lorsqu'il devient prieur de Camon en  1498, l'Evêque de Mirepoix, Philippe de Levis, fait richement reconstruire l'abbaye ; ses armes figurent toujours sur la clé de voûte de l'abside et les contreforts de l'église conventuelle. Il établit ses appartements au deuxième étage de la Tour, nommée aujourd'hui " le Château" , et les dotera de plafonds à caisson.
Il fait également fortifier le village et construire une tour d'angle, aujourd'hui désignée sous le nom de "maison haute".
Les dernières modifications sont apportés à la fin du XVIe siècle, pendant les guerres de religion, par le cardinal Georges d'Armagnac, qui fait combler les créneaux, rehausser les remparts et construit à l'angle nord la "Tour ronde".
La révolution, avec l'expulsion des moines, marque la fin de l'abbaye ; ses biens sont vendus aux enchères comme biens nationaux le 4 février 1791. Si l'Eglise revient au peuple et à la Mairie, les autres biens sont lotis et vendus à des propriétaires privés. Ils changeront souvent de main jusqu'à aujourd'hui ; en 1962, Raymond Escholier dans la revue "Mes Pyrénées" dénonçait le dépeçage du cloître par des professionnels de la contrebande à destination de collectionneurs étrangers.
L'abbaye et le château sont désormais exploités en hôtel et restaurant de luxe.

 

VISITE

La ville n'a que peu évolué depuis les représentations qu'en donnaient les artistes  au début du XIXe siècle ; elle est traversée d'ouest en est par une unique "grande rue " qui monte régulièrement vers le sommet du pic rocheux en suivant l'enceinte médiévale sud, puis redescend après un virage abrupt au niveau de l'entrée de la cité vers la plaine et Chalabre.  L'emprise de la cité médiévale, qui englobe l'abbaye et la ville , est située entre cette route et l'abrupt nord du pic.

Une signalétique bien documentée renseigne le visiteur lors d'une promenade pédestre autour de la cité  fort agréable ; celle-ci comporte en fait deux parties : le site de l'abbaye bénédictine, enclos dans son enceinte du 14e siècle, de forme vaguement triangulaire . Du fait du morcellement des lots lors de la vente aux enchères de l'abbaye et ses biens en 1791, seule l'église à laquelle on accède par un étroit passage dans l'enceinte nord est ouverte au public. Elle est dominée par un clocher tour quadrangulaire, flanqué d'un petit escalier à vis de 118 marches permettant l'accès aux quatre cloches. Le reste de l'abbaye et son jardin sont propriété privée, abritant notamment un hôtel - restaurant de luxe.

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Les enceintes nord et ouest sont en bon état de conservation ; ils valent à Camon le surnom de "petite Carcassonne" ; par contre, les bâtiments monastiques et le "Château", nom donné localement à la grande tour de l'angle sud-ouest où les prieurs avaient établi leur logis, ainsi que le jardin, ne sont pas ouverts à la visite publique.

L'enceinte nord, surpomplant sur son pic la plaine alluviale de l'Hers, présente un caractère continu de grande dimension ; on distingue le rempart initial du XIVe siècle, dont les créneaux ont été comblés et rehaussés au XVIe siècle ; il se termine à l'ouest par une tour "ronde", construite au XVIe, puis, dans la continuité, soulignant l'ancienne enceinte de l'abbaye, une tour carrée. Le clocher de l'église, de forme quadrangulaire, est l'édifice le plus élevé de la cité à laquelle il donne son charme.

L'ABBAYE :

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Parmi les éléments remarquables de l'enceinte du XVIe qui enserre la cité, la "maison haute", tour d'angle sud-ouest aménagée en demeure seigneuriale, qui se prolonge jusqu'à la "Tour ronde" qui borne l'angle nord-ouest , et constitue le premier ouvrage du côté nord. Celui-ci est l'image emblématique de la ville, représentée sur toutes les gravures anciennes depuis la plaine alluviale de l'Hers., malheureusement plantée maintenant d'arbres de rapport pour assainir la vallée, qui masquent la vue d'ensemble de l'enceinte nord.

 

L'ABBAYE (suite)

 

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A noter aussi la superbe entrée de la ville médiévale, datée XVIe comme le reste de l'enceinte, et originale en ce sens que le rempart se transforme au-dessus du passage en mur clocher, surmonté au premier étage d'un balcon à partir duquel le juge recevait les doléances et rendait ses jugements, dont le pignon est percé de deux baies superposées : la première abrite une statue XVIe de la Vierge Marie, la seconde une cloche de bronze qui sonne toujours les heures. Elle constitue un exemple des premières horloges publiques, apparues au XVIe siècle, dont le mécanisme est toujours utilisé à Camon ; le cadran en façade est lui du XIXe siècle.

 

LA CITE MEDIEVALE :

 

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Enfin, avant de quitter CAMON, une curiosité ; face à la "maison haute", de l'autre côté de la rue principale, hors les murs, l'ancienne façade de la Chapelle des Pénitents Blancs, aujourd'hui maison d'habitation, a conservé les symbôles qui la singularisaient depuis son édification en 1570 :
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Un panneau signalétique de l'Office du Tourisme nous renseigne précisément sur la signification de ces symbôles :
Cette chapelle était initialement celle des "Pénitents Blancs", une association de catholiques laïques qui se réunissaient pour pratiquer la prière, la charité et la pénitence ; les Pénitents se distinguent notamment par leur habit, constitué d'une tunique longue, le sac, et d'une cagoule masquant le visage afin que, du plus humble au plus illustre, tous soient frères sans distinction aucune. La couleur de ce vêtement exprime la dévotion et symbolise la mission des différentes confréries. Il existe ainsi des Pénitents Blancs, Bleus, Gris, Noirs et Rouge.
Pour leur maison de Camon, trois symbôles bien apparents apparaissent entre les fenêtres du premier et du second étage :
  • le triangle équilaléral représente la Trinité ;
  • l'étoile à cinq branches symbôlise l'espérance ;
  • le sacré coeur symbôlise la charité chrétienne.
Sur le linteau voûté de la porte d'entrée, trois symbôles cerclés sont gravés entre les chiffres "15" et "70" :
  • le symbôle IXXI pour AVE MARIA
  • le symbôle JHS pour Jésus, sauveur des hommes
  • le symbôle JH pour Joseph
Au-dessus des fenêtres,
  • JMJ signifie Jésus Marie Joseph
  • LSJ pour Louez le Saint Jésus

 

DESCRIPTION

(Extrait tiré d' "Anciennes abbayes en Midi-Pyrénées", p. 252, in "La route des Abbayes")

L'EGLISE

Reconstruite dans le premier tiers du XVIe siècle, l'église de Camon se présente comme un bâtiment à nef unique, long de trente-six mètres et large de huit, établi entre les bâtiments claustraux au sud et le chemin de ronde au nord : les seuls accès consistent d'une part en un étroit passage qui fait communiquer la porte située au nord et les maisons du village, d'autre part en un petit couloir situé au sud, entre la chapelle et la sacristie, qui permettait aux moines d'entrer directement dans l'église.
Eclairé par cinq fenêtres à ***meneaux*** flamboyants, le ***choeur*** est voûté en ***ogives*** et montre une clef de voûte ornée des armes de Philippe de Lévis. Deux chapelles létarales, consacrées à Notre-Dame du Rosaire et à saint Félicien, furent ajoutées au XVIIe siècle, respectivement en 1643 et 1661. Le clocher, carré, comporte trois étages et renferme quatre cloches dont l'une date de la construction de l'édifice.
A l'intérieur, l'église de Camon a conservé une bonne partie de son mobilier et notamment :

  • une croix d'offrande en argent et un cierge pascal en fer forgé, tous deux du XVIe siècle ;
  • un bénitier de pierre octogonal, daté de 1667 ;
  • deux groupes de ***stalles*** en bois sculpté (XVIIe siècle) ;
  • un ***retable*** composé de trois grandes toiles représentant l'Annonciation, la Vierge à l'Enfant entre Joseph et Saint-Benoît, ainsi que la Visitation, oeuvres de petits maîtres de l'école espagnole du XVIIIe siècle ;
  • un ***triptyque*** sur bois du début du XVIIIe siècle, représentant Saint Célestin, la Tentation de Jésus, saint Arsène ;
  • le ***maître-autel***, installé entre 1711 et 1718.

A l'initiative de l'abbé Vidal, curé de Camon au XIXe siècle, qui consacra de nombreuses années à l'étude et à la restauration de l'église, quatre sculptures romanes représentant les quatre Evangélistes ainsi que deux bas-reliefs de la même époque montrant l'un Adam et Eve, l'autre le Christ et la Vierge, ont été agalement mis en place dans l'église : ils devaient à l'origine se trouvers dans les anciens bâtiments monastiques.
Enfin, l'église de Camon abrite un remarquable ensemble d'objets sacerdotaux des XVIIe et XVIIIe siècles, qui font l'objet d'une procédure de protection au titre des monments historiques.

LES BATIMENTS MONASTIQUES


L'ensemble des bâtiments fut reconstruit au début du XVIe siècle par Philippe de Lévis ; si le "chateau", ancienne résidence des prieurs, ne se visite pas, le prieuré offre une succession de salles voûtées qui servent aujourd'hui à l'accueil et aux expositions temporaires.
A noter, dans le perron de la porte d'entrée du "château", une niche abritant une croix de chemin à double face représentant la Vierge à l'Enfant et le Christ en croix, datée de la fin du XIIIe siècle ou du début du XIVe siècle

Bibliographie :

Moulis (Adelin) : "Vieux sanctuaires ariégeois" - Verniolle, Moulis éd., 1972






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