header

Saint-Pierre de Moissac

logotype_moissacANCIENNE ABBAYE SAINT-PIERRE DE MOISSAC

L'HISTOIRE





moissacLa légende attribuait la fondation du monastère bénédiction à Clovis en 506 ; mais les historiens s'accordent aujourd'hui pour situer cette fondation au VIIe siècle, peut-être sous Saint-Didier, évêque de Cahors (630-655), selon une politique établie par le roi Dagobert et ses fils en Aquitaine.
L'abbaye est mentionnée pour la première fois en 680 dans la charte de donation de Nizézius. Dés le VIIe siècle, le monastère accroît son influence spirituelle malgré une vie difficile, au rythme des invasions que subit cette région. Les Musulmans la pillent une première fois en 721, puis en 732. L'abbaye était sous protection royale depuis sa fondation, aussi Louis le Pieux, roi d'Aquitaine, renouvelle-t-il ce privilège au début du IXe siècle, lui assurant une courte période de prospérité. En effet, suivant la chronique d'Aymeric de Peyrac, abbé de Moissac en 1377 à 1406, l'abbaye subit encore une fois le pillage lors du passage des normands vers 850. Le pouvoir royal étant trop éloigné, les abbés s'en réfèrent à l'autorité territoriale en la personne du Comte de Toulouse. Celui-ci trouve là une source de revenus et cette tutelle, sans doute trop intéressée, apparaît vite comme un facteurde déclin de l'abbaye. En 1030, la toiture de l'église s'effondre et un incendie aggrave les dégâts en 1042. La ruine, tant matérielle que spirituelle semble inéluctable et le comte de Toulouse, Pons, les évêques de Toulouse et de Cahors ne conçoivent plus alors le salut du monastère que dans l'affiliation à Cluny, l'abbaye bourguignonne alors en pleine expansion.
Cette dernière voit en Moissac une étape majeure sur les routes qui mènent vers la péninsule ibérique. Aussi, l'abbé clunisien, saint Odilon, unit-il les deux congrégations en 1048, plaçant Saint-Pierre sous la double autorité des abbés de Cluny et de Moissac ; il nomme son compagnon, Durand de Bredons, premier abbé.
Aidé de la maison mère, ce dernier entreprend la reconstruction du monastère : une inscription lapidaire conservée dans le choeur relate la consécration de la nouvelle église le 6 novembre 1063. Artisan de la réforme clunisienne dans le Toulousain, Durand s'emploie à redonner prospérité et rayonnement spirituel à son abbaye et à sa mort, en 1072, le renom de Moissac dépasse largement les frontières.
L'abbé Ansquitil (1085-1115) parachève son oeuvre en construisant les nouveaux bâtiments monastiques organisés autour du grand cloître terminé en 1100, comme le précise une inscription gravée sur un des piliers. En 1096, le pape Urbain II consacre l'autel majeur dédié au Saint-Sauveur. De 1115 à 1131, l'abbé Roger de Sorrèze fortifie la tour porche et la dote d'un majestueux portail monumental, affirmant ainsi, face au pouvoir séculier, l'indépendance des moines.
Une nouvelle église est consacrée en 1180, mais l'incendie de la ville en 1188 ne l'épargne pas, de même que le siège de Simon de Montfort en 1212.
Une longue période de stagnation débute, entrecoupée toutefois à la fin du XIIe siècle, d'une renaissance spirituelle impulsée par Bertrand de Montaigut qui, de 1260 à 1295, rebâtit et fortifie le monastère. Mais la guerre de Cent Ans et la Peste noire enrayent à jamais ce renouveau, même si, aprés 1431, les abbés Aymeric de Roquemaurel (1431-1449), puis Pierre et Antoine de Carmaing (1449-1501) entreprennent les restaurations indispensables. On leur doit l'église actuelle.
Pierre de Carmaing, en 1466, obtient par bulle pontificale de soustraire Moissac à la tutelle de Cluny, lui préférant le régime des abbés commendataires. Ces derniers, trop éloignés, engendrent la décadence du monastère qu'entérine , en 1626, la sécularisation.
Un chapitre de chanoines remplace les moines. Lorsque Etienne Baluze fait acquérir à Colbert les cinq cent volumes de la célèbre bibliothèque des moines, il enclenche le morcellement des biens de l'abbaye. En 1767, Jean de Gontaut-Biron démolit une partie des bâtiments conventuels et leurs dépendances ; la révolution vend ceux qui restent. Au début du XIXe siècle, la partie nord revient en donation à l'archevêché qui y installe un petit séminaire. Vers 1850, une importante mobilisation permet au cloître, à l'inverse du réfectoire, déchapper à la démolition qu'imposait la construction de la ligne de chemin de fer Bordeaux-Sète. L'église et le cloître, classés "monuments historiques" depuis 1840, ont fait l'objet de nombreuses restaurations.

L'ARCHITECTURE

portailL'église, construite selon les principes du gothique méridional, présente une vaste nef unique voûtée d'ogives qui s'ouvre sur un chevet polygonal. Toutefois, la construction du XIIe siècle qui a précédé l'édifice actuel est encore visible dans les parties basses de la nef, bâties en pierres de taille, ajourées de fenêtres en plein cintre où se remarquent encore quelques vestiges du décor peint tandis que les archivoltes extérieures s'ornent de billettes.
Ces murs ont été exhaussés pour recevoir la voute gothique et de puissants contrefots, relayés à l'intérieur par des piles, ont obstrué certaines ouvertures. Cette église de 1180, à nef unique, était couverte de coupoles à l'instar de Cahors et de Souillac. Elle avait remplacé celle de Durand de Bredons, dont le plan nous a été révélé par les fouilles archéologiques ; il s'agissait d'une nef séparée de collatéraux étroits par de grandes aracades reposant sur des colonnes alternées avec des piliers. Son abside semi-circulaire était entourée déambulatoire sans absidioles, remis au jour derrière le maître-autel. Un couloir plus étroit l'y avait précédé. Il menait sous l'baside à un autel de pierre où l'on aperçoit encore des motifs géométriques peints sous le graffiti. Ces dernières structures pourraient appartenir à l'abbatiale carolingienne.
Le décor peint est une restitution moderne ; seule une chapelle a gardé son revêtement du XVe siècle. L'église conserve une partie du mobilier sculpté polychrome du XVe siècle, le retable et la clôture du choeur du XVIe siècle, les stalles et le buffet du XVIIe siècle.
La tour-porche, élevée à loccident dans la tradition de celle Saint-Benoît-sur-Loire se compose de trois niveaux et d'une flèche. Seuls le rez-de-chaussée et le premier étage datent du XIIe siècle. Une grande voûte couvre le rez-de-chaussée, soutenue par deux volumineux arcs diagonaux de section carrée. Ils se croisent au centre, retombant sur de robustes piliers d'angle qui reçoient en outre de puissants doubles arcs formerets. De grands chapiteaux relient arcs et piliers, leur riche sculpture mélange décor floral et animalier.
A l'étage se situait l'ancienne chapelle haute dont le voûtement original se compose de douze larges nervures rectangulaires qui se joignent autour d'un oculus central. De hautes baies en plein cintre éclairaient cette pièce : celles du sud et du nord servent maintenant de passages aux salles ajoutées lors de la fortification de la tour par Roger. Elles sont surmontées d'un crénelage restauré par Viollet-le-Duc à qui l'on doit également la flèche. Ce clocher-porche s'ouvre au sud par un portail célèbre pour la grande qualité de sa sculpture représentant la vision de l'Apocalypse de saint Jean.
Au-cours des fouilles archéologiques de 1985, les sols successifs du parvis ont été retrouvés. Sous les dalles mises en place par Viollet-le-Duc vers 1850, est apparu un pavement de galets et de briques qui représentait les armoiries de l'abbaye entre deux fleurs de lys, portant la date de 1611. Un dallage de carreaux de briques rouges dont la date reste incertaines (XVIe siècle ?) se trouvait au-dessous tandis que le dernier état, certainement contemporain du poche, était inégal, informe et percé de tombes. Celles-ci, en caissons de pierres pour la plupart, ne contenaient qu'un squellette en décubitus dorsal, sans autre mobilier. Toutefois, le plus inattendu reste la découverte de l'emmarchement de trois degrés qui court le long des ébrasements et du seuil, et contre lequel s'appuyaient les difféfrents sols. Sa restauration redonne au porche sa monumentalité et favorise une vision plus anthentique que la sculpture.
Le cloître d'Ansquitil a gardé son aspect d'origine, de plan rectangulaire. Sur le mur-bahut reposent de fines colonnes alternativement simples ou géminées qui supportent les chapiteaux sur lesquels retombent des arcs brisés datant des restaurations du XIIIe siècle. Aux angles, les piliers de brique sont plaqués de marbre provenant du réemploi de cuves de sarcophages. Cette structure légère soutient la charpente qui couvre les galeries. Dans le jardin, la fontaine a disparu et les parties monastiques restantes, comme la salle capitulaire, sont très remaniées ; seule la chapelle Saint-Ferréol a conservé sa voûte d'origine du XIIIe siècle.
Malgré une sculputre abîmée, et bien que l'ordre initial des chapiteaux ait été perturbé, le cloître de Moissac demeure le plus ancien cloître historié conservé.

Evelyne UGAGLIA

L'ESPRIT DES LIEUX

Fragile certitude, empreinte de la foi d'artistes inspirés, marquée par l'usure du temps, telle apparaît l'abbaye de Moissac.

Lieu privilégié où l'on se laisse happer par la puissante sérénité de l'architecture et de la sculpture, d'autant plus surprenantes que le calme site choisi par les bénédictins, entre fleuve et coteau, ne laisse point présager l'extraordinaire.

Ici, plus qu'ailleurs, se perçoient le patrimoine et l'absolue nécessité de le magnifier, en un mot de mieux faire comprendre ce qu'est la source d'une civilisation, par le choc de l'émotion.

Etablies sur le site de l'abbaye primitive, les consctructions qui nous sont parvenues remontent pour certaines au XIIe siècle. Autour du cloître élevé à patir de l'an 1100 s'organise l'ensemble des bâtiments abbatiaux. Au nord, les reste du réfectoire qui fut abattu pour laisser passer le chemin de fer ; à l'est, une série de pièces voûtées qui accueillent sculptures et orfèvrerie ; à l'ouest, il ne reste que les deux murs longitudinaux d'une grande salle romane ; enfin, au sud, l'abbatiale, qui fut largement remaniée au XVe siècle.

Au nord de la voie ferrée, sous un bâtiment néo-gothique, uelques substractions romanes s'appuient encore sur le mu d'enceinte septentrional. A l'est, au-celà de la placette actuelle, subsiste une porte du palais abbatial avec un charmant oratoire voûté, daté du XIe siècle.

Comme les pèlerins du XIIe siècle, il faut atteindre l'abbaye par l'est ou par l'ouest -les marais situés au sud en interdisaient alors l'accès frontal, ainsi qu'en témoigne l'usure latérale des marches du porche. C'est alors que l'on se trouve brusquement confronté au portail, l'une des oeuvres majeures de l'occident chrétien : maîtrise absolue de la compositon, dynamisme des éléments en mouvement, sérénité des vieillards de l'apocalypse, majesté du Tout-Puissant qui nous invite à pénétrer dans sa maison, accompagnés au levant par l'Annonciation, la Visitation et l'Adoration des Mages, au couchant par Lazare agonisant et diverses pesonnifications de l'enfer, accueillis par saint Paul et l'incomparable Jérémie fleurissant le trumeau festonné.

A l'austérité extérieure des matériaux répond la magnificence du décor de la nef qui renvoie à un autre monde ; que ceci justifie la démarche du visiteur qui a gravi les degrés du portail, symbolique passage ! Cette nef unique, d'abord couverte par une file de coupoles, reçut au XVe siècle un choeur et tout le voutement actuel, avec ses peintures.

Le cloître lui aussi nous invite à cheminer, mais cette fois intérieurement, nourris par l'extraordinaire suite de chapiteaux, véritable bible ouverte gravée dans la pierre sous l'abbatiat d'Ansquitil, comme le rappelle la dédicace du pilier occidental.

TRAVAUX ET PROJETS

A elle seule, la qualité de ce monument justifie la préservation et l'assujettissement de toute restauration à la fonction cultuelle et à son pouvoir émotionnel. Aussi, les interventions consistent-elles essentiellement à protéger, prolonger la vie de tous les ouvrages et à les mettre en valeur pour mieux les faire comprendre

 

 

Imprimer E-mail