Gleisà Nostra Dona la Daurada

Publié dans Les abbayes bénédictines

abbey logo56Du fait de leur antiquité, ni la Basilique Notre-Dame de la Daurade, ni l'Eglise Saint-Pierre des Cuisines, qui furent au-cours de leur histoire des abbayes bénédictines toulousaines de renom, ne peuvent postuler au rang des fondations bénédictines médievales.

Car toutes deux plongent leurs racines dans le bas-empire romain d'occident, dans un temple païen désaffecté pour la première, dans une nécropole romaine pour la seconde ...

Notre-Dame de La Daurade figure au rang des bâtiments les plus connus de Toulouse ; elle fait figure d'image d'Epinal sur toutes les réprésentations de la rive droite de la Ville .

Traversant le Pont-Neuf depuis Saint-Cyprien, impossible de ne pas remarquer cette imposante façade de temple antique à six colonnes, à proximité de la façade néo-classique de l'Ecole de Beaux -Arts, toutes deux surveillées en arrière-plan par l'imposant vaisseau du Cloître des Jacobins et son admirable clocher, faisant face sur la rive gauche du fleuve à l'Ostal Dieu (Hôtel Dieu), premier et plus ancien établissement hospitalier toulousain, puisque remontant aux XIIe et XIIIe siècles

Côté Place de la Daurade, qui surplombe le quai éponyme, port de pêcheurs de Garonne des siècles derniers, plusieurs pancartes bien mises en valeur renseignent le passant :

L'ancian loc de culte paleocrestian foguèt adobat e restaurat de fons a cima als sègles XVII e XVIII. Primièr priorat clunisenc dependant de l'abadia de Moissac, lo manastèri foguèt demest los mai rics de la ciutat. Pr'amor de l'aur dels masaïcs, la glèisa se diguèt Nostra Dona la Daurada. S'acabèt la colonada sonque en 1884.

Car bien entendu, l'Eglise actuelle n'a rien à voir avec les bâtiments primitifs ; initialement, s'élevait en ce lieu un sanctuaire païen en brique dédié à Apollon, de forme "décagonale" nous disent les historiens, surmonté d'une coupole côtelée ; alors que l'Empire romain d'Occident, en pleine décadence, est dirigé vers 410 par Flavius Honorius, un des nombreux empereurs éphémères qui se succèdent alors, pathétiques marionnettes au service des légionnaires qui les ont désigné (en ce temps, être choisi Empereur équivaut à une condamnation à mort) et n'hésiteront pas à s'en débarrasser pour une raison ou son contraire ..., il remet aux chrétiens des temples désaffectés, dont celui de La Daurade, afin qu'ils les utilisent pour leur culte.

Parallèlement, le concile d'Ephèse en 431, troisième concile oecuménique après Nicée (325) et Constantinople (381), autorise le culte de la Vierge Marie, en proclamant divine sa maternité et en condamnant la thèse défendue par Nestorius pour lequel Marie avait donné naissance à un homme dans lequel le Verbe s'était incarné. La Daurade, qui prend le nom de Notre-Dame de Toulouse, Sainte-Marie de Toulouse, est donc dés l'origine consacrée à la Vierge Marie, et le restera tout au long de son histoire au travers le culte de la Vierge Noire, la "Noire", intangible et immuable, toujours vivace aujourd'hui.

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Son nom, elle ne le doit pas au poisson maigre, auxiliaire incontournable des régimes amaigrissants, mais à sa décoration intérieure qui, dés l'époque mérovingienne, consistait en morceaux de mosaïque collés sur feuille d'or, et lui valut le nom de : "Deaurata", couverte d'or.

Au IXème, les carolingiens (Louis-le-Pieux, puis Charles-le-Chauve le 05/04/844) confirment et amplifient les privilèges dont elle jouit ; des moines bénédictins rattachés à Cluny s'y établissent. En 1077, avec l'accord du Comte de Toulouse, l'évêque de Toulouse, Isarn, lègue tous ses droits sur cette abbaye à l'abbé de Cluny ; au même titre que Saint-Pierre-des-Cuisines, elle devient prieuré urbain, sous dépendance de l'abbaye clunicienne de Moissac et connaît une période de grande prospérité, en raison de la générosité des Comtes de Toulouse et des nombreux pélerins de Saint-Jacques de Compostelle qui font une halte obligée à Toulouse pour y adorer la Vierge.

Mais cette prospérité décline dangereusement, avec la Guerre de Cent ans d'abord, puis les Guerres de Religion qui sèment incendies, pillages et destructions ; il n'y a plus que quatre moines présents en 1506 ! Le Parlement de Toulouse confie alors cette abbaye en 1639 aux bénédictins de Saint-Maur, qui rendent tout son prestige au vénérable prieuré dont ils reconstruisent les bâtiments, avec plus ou moins de bonheur : la coupole de l'église doit être abattue en 1703, alors qu'elle menaçait de s'écrouler ! Un dôme la remplace en 1760, qui fragilise plus encore l'église romane qui doit être démolie. La reconstruction débute en 1765, mais les travaux sont arrêtés dés 1766 par l'Intendant du Languedoc, car ils ne sont pas conformes avec l'aménagement des quais de la Garonne menés parallèlement ; c'est le projet de l'architecte Philippe HARDY qui sera alors mis en oeuvre : l'église est déplacée, le choeur de la basilique primitive bâtie sur les vestiges du temple romain, est aujourd'hui située sous le transept.

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Ils rencontrent plus de succés sur le plan religieux, établissant à La Daurade le noviciat bénédictin de tout le midi. Cet affermissement va de pair avec le culte de la Vierge Noire, pour laquelle sont organisées de nombreuses processions jusqu'à la révolution.

Suite à la loi de 1791 de suppression des ordres religieux, les moines doivent quitter le prieuré et le construction est arrêtée ; la ville de Toulouse loue d'abord les bâtiments pour en faire une manufacture de coton ; ils sont vendus en 1798 pour devenir manufacture de tabac. Le cloître est démoli en 1811, mais les objets d'antiquité sont remis au Musée des Augustins. En 1892, cette manufacture est détruite pour être remplacée par l'Ecole des Beaux Arts.

Le culte à La Daurade reprend dès 1795 ; le nombre et la dévotion des croyants sont tels lorsque la Vierge Noire est rapatriée en 1799 du Musée des Augustins où elle avait été déposée que les autorités prennent peur et la font détruire sur la Place du Capitole. Mais une nouvelle Vierge Noire sera sculptée dès 1807, en rassemblant souvenirs et représentation de l'original.

Les travaux de construction de l'Eglise reprennent sous Napoléon ; elle est consacrée le 11 septembre 1838, et élevée au rang de basilique par le pape Pie IX en 1876 ; ces travaux s'achèveront en 1883 lorsque l'église recevra sa façade et son fronton actuels. Elle est classée Monument historique depuis le 1er Février 1963.

 

 

L'une des particularités de la Basilique de La Daurade est le culte rendu depuis le Ve siècle, donc depuis les origines du culte marial, à une " Vierge Noire ", statue de deux mètres de haut, qui est aujourd'hui la deuxième copie d'une vierge brune, connue dès le Xeme siècle, volée au XIVe siècle et reproduite à l'identique, brûlée sous la révolution en 1799 Place du Capitole et reproduite à nouveau en 1807.

La Vierge Noire est dédiée aux femmes enceintes, car réputée faciliter les accouchements difficiles ; un reportage a été réalisé par France 3 Toulouse en 1999 sur la Vierge Noire et le curé de La Daurade évoque avec beaucoup d'humour (... ne faisons pas de la Vierge une gynécologue ! ...) cette ferveur. Il peut-être visionné dans son intégralité sur le site de l'INA.

 

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