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Notre-Dame de Boulbonne

boulbonne_02Parmi les nombreuses abbayes cisterciennes édifiées dans la zone d'influence de la métropole toulousaine, Notre-Dame de Boulbonne est sans doute la plus familière aux toulousains ; ne serait-ce qu'au travers le nom qu'elle a laissé à une rue du centre-ville où les moines avaient édifié un collège pour la formation de leurs Novices.

Mais aussi à travers l'un de ses plus illustres fils, le saverdunois Jacques Fournier (1285-1342), fils de modestes meuniers locaux, formé à Boulbonne, qui après un doctorat en théologie au Collège des Bernardins, deviendra Abbé de Fontfroide, Evêque de Pamiers (où il s'illustrera, en se joignant, ès qualité, aux inquisiteurs dominicains, par son implacable persécution des derniers cathares à Montaillou, où son habileté, sa parfaite connaissance des gens et de la lanque occitane se révèleront d'une redoutable efficacité ; "Montaillou, village occitan" d'Emmanuel Leroy-Ladurie est tiré du registre de l'inquisition qui transcrit les interrogatoires conduits sur place : l'influence du terrible inquisiteur Bertrand Gui, Moine prêcheur dominicain du Couvent des Jacobins à TOULOUSE, puis Evêque de Lodeve, auteur du "Manuel des Inquisiteurs" qui servira de socle à la formation de tous les inquisiteurs sur le postulat posé par son principe : " La mission de l’inquisiteur est l’éradication de l’hérésie. Or, l’hérésie ne peut être détruite si les hérétiques ne le sont pas. Et les hérétiques ne peuvent être détruits si ,avec eux, on ne détruit pas aussi ceux qui les hébergent, qui sympathisent avec eux", devenu héros maléfique du roman "LE NOM DE LA ROSE" d'Umberto ECCO et du film éponyme de Jean-Jacques ANNAUD où il affronte le franciscain incarné par Sean Connery, est patente), Evêque de Mirepoix, puis Cardinal de Prisque (surnommé le Cardinal blanc parce qu'il a toujours conservé son habit distercien) et homme de confiance du Pape Jean XXII, avant de succéder à ce dernier fin 1334 sous le nom de Benoit XII ; ses premières paroles aux cardinaux-électeurs : "Vous venez d'élire un âne !" témoignent de sa modestie.


boulbonne_01Il s'illustra pourtant comme un grand Pape, réformateur de la Curie et des ordres religieux, ennemi du népotisme qui était alors la règle, constructeur du Palais des Papes d'Avignon. Il connut l'échec dans sa volonté de ramener à Rome le saint Siège, ainsi que dans son entreprise de conciliation pacifique du conflit qui opposait les familles royales anglaises et françaises, source de la Guerre de Cent ans dont il connut les prémices.

L'histoire de l'Abbaye de Boulbonne est autant riche que troublée ; connue dès 1130 alors qu'elle était sous la règle de Saint-Benoît de Nursie, elle s'affilie en 1150 à l'ordre cistercien, devenant fille de Bonnefont, fondée en 1136 en Comminges, et entrant par son intermédiaire dans la la lignée Morimont.

Elle se trouve alors à 3 kms au sud de ce qui est aujourd'hui la bastide de Mazères, au bord d'une petite rivière, le Roigneau ; son développement est lié à l'extrême faveur que lui accordent les Comtes de Foix. Par leur entremise, les donations s'accumulent : des terres, l'immense forêt de Boulbonne qui leur est donnée par Roger Bernard en 1160, des pâturages dans les Pyrénées, des bordes dans les collines céréalières du Lauragais (le Cardinal, la Grange à Montgiscard, les Bastards à Ayguesvives).
Roger, comte de Foix, en fit bâtir l’église vers l’an 1270 sous l’invocation des apôtres st Philippe et st Jacques ; elle est consacrée le dimanche 15 mars 1198 "Philippe étant roi de France et Raymond, comte de Toulouse» ; elle donna naissance à divers monastères, comme l’abbaye de Valnègre ou Valnave, fondée pour les filles de l’ordre de Cîteaux, près de Lissac dans le comté de Foix »
boulbonne_04Les comtes de Foix s'y font enterrer dès la fin du XIIème siècle, comme Raimon Roger ( le vainqueur de la bataille de Baziège) ou Roger Bernard, enveloppés dans l'habit blanc des moines de Citeaux. Pendant la Croisade, Boulbonne ne prend aucune part à la lutte contre le catharisme, les comtes de Foix comptant dans leur famille de nombreuses, et célèbres, Parfaites hérétiques. L'Abbaye accepte même dans son cimetière des comtes " réputés hérétiques" et donne asile au monastère pour une nuit au célèbre évêque cathare Guilhabert de Castres ; par ailleurs, un moine de Boulbonne, Guillaume Claret, en charge des questions matérielles de l'abbaye, sera un disciple de Saint Dominique, créateur de l'ordre prêcheur dominicain, chargé de la lutte contre l'hérésie qui donnera naissance à l'Inquisition.
Comme la plupart des abbayes cisterciennes, Boulbonne eut à souffrir des guerres de religion ; mais plus que les autres encore, puisque les Calvinistes la détruisirent et la brûlèrent en 1567, réduisant les moines à s'enfuir à Toulouse où ils demeurèrent presque un siècle, jusqu'en 1652. Quatre siècles et demi plus tard, de l'ancienne abbaye, il subsiste rien aujourd'hui ; si ce n'est un vague boulbonne_06souvenir, marqué par les restes d'un vieux mur détruit et trois bornes de lieux-dits rappelant le passé : Boulbonne, le Prieur, le Couvent.
Car lorsque les moines décidèrent de reconstruire leur abbaye, ils la déplacèrent d'une dizaine de kilomètres pour l'édifier sur un terrain leur appartenant, au lieu-dit "Tramasaygues", sur la commune de Cintegabelle, route de Mazères, au confluent de l'Ariège et de l'Hers vif.
Les dimensions très importantes de cette construction témoignent de nos jours de l'importance économique et spirituelle de Boulbonne ; la translation des restes funèbres des Comtes de Foix dans la nouvelle abbaye fut réalisée en 1753 ; l'Abbaye de Boulbonne a donc bien mérité le titre donné par Roger ARMENGAUD au livre qu'il lui consacre : "Boulbonne, Saint-Denis des Comtes de Foix" (Association Tourisme de Mazères, Ariège, 1993)
Comme toutes les abbayes, les moines furent expulsés suite à la promulgation de la loi sur la suppression des ordres religieux et leurs biens vendus comme bien nationaux ; lors de cette vente, les tableaux furent dispersés vers Cintegabelle ; l'autel, a été divisé : une partie est à Nailloux, l'autre à Cintegabelle. Les orgues magnifiques sont à Cintegabelle, et, au même que l'Eglise dont ils constituent le joyau, ils boulbonne_05sont classés monuments historiques.
Les bâtiments demeurent en grande partie en bon état. Propriété privée, ils ne sont pas ouverts à la visite ; l'église nous dit-on a disparu, mais les façades sont bien conservées, la salle capitulaire, le réfectoire et une partie du cloître sont intacts, ainsi que les pigeonniers et les écuries.

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