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Notre-Dame de Belleperche

bellepercheJaillisant telle une massive et imprenable forteresse de brique rouge du puissant fleuve Garonne, réduit au rôle de simple douve, l'Abbaye de Belleperche dans le Tarn-et-Garonne, à quelques kilomètres de Castelsarrasin, fut une des trois plus riches du Sud de la France. Elle est depuis 1983 propriété du Conseil Général qui l'a ainsi sauvée du destin sacrilège de discothèque qu'envisageaient de potentiels acquéreurs ; après restauration par les Monuments Historiques, elle est devenue un centre de culture et d'exposition.

Son histoire commence entre 1130 et 1140, lorsqu'une famille de chevaliers, les seigneurs d'Arcombald et de Castelmeyran, fondent pour Géraud de Sales un monastère privé à LARRAZET, sur un côteau du pays de Lomagne, à quelques kilomètres de là ; celui - ci y plaça des moines, dirigés par l'abbé Aymar ; après la mort de l'ermite prédicateur, Aymar, comme le firent beaucoup des fondations de Géraud, demanda son affiliation à l'ordre cistercien ; en août 1143, alors que Saint-Bernard est Abbé de Clairvaux, cette abbaye est admise au titre 44ème fille de Clairvaux. sous le nom de Bella Pertica . Elle est aussitôt transférée sur l'emplacement qu'elle occupe toujours, où elle va connaître sa grandeur, son apogée politique et économique se situant au XIIIe siècle. Elle prend le nom latin de

Il est à noter que lors de sa création, des filles de Morimond était déja fondées aux alentours (Berdoues, Escaladieu) et avaient entrepris une impressionnante oeuvre d'expansion cistercienne, notamment en direction de l'Espagne ; peut-être pour cette raison, et contrairement à l'extraordinaire vigueur et prolificité démontrée par les filles de Clairvaux aux XIIe et XIIIe siècle, elle n'a pas de descendance directe. Sa grandeur est ailleurs ...

La fiche historique établie par le Conseil Général de Tarn-et-Garonne, que j'utiliserai ici sans pudeur au point de la reproduire, nous indique que :

 

" Elle fut propriétaire de huit à neuf mille hectares de terres dispersées entre l'Agenais, la Gascogne toulousaine et le Bas-Quercy. Elle a développé la culture des céréales et le vignoble, possédait de nombreux troupeaux de bovins et élevait mules et chevaux, symbôles de pouvoir. Ele a bonifié les terres dans les secteurs délaissés, modelé les paysages, et a surtout donné à plusieurs territoires leur forme actuelle en créant des bastides au XIIIe siècle, dont certaines subsistent : Cordes-Tolosane, Garganvillar, Larrazet, Donzac; Angeville, Montaïn.

Trente-neuf abbés se sont succédés à sa tête en 650 ans ; l'Abbé Guilhem Jauffre (vers 1263-1294) personnifie cette brillante époque durant laquelle Belleperche fut l'une des trois plus puissantes abbayes cisterciennes du Midi. A partir de 1272, elle fut associé à l'éqauipe de juristes chargés de mener à bien l'intégration du Comté de Toulouse au royaume de France et de défendre les intérêts du roi. Pour sa plus délicate mission, en février 1294, il se rendit à Saint-Macaire afin de signifier aux anglais la confiscation du duché d'Aquitaine. En récompense, il fut nommé évêque de Bazas, en Gironde.

Les effets de la guerre de Cent Ans appauvrirent Belleperche, comme toutes les autres abbayes, mais elle résista mieux que la plupart des monastères. Son redressement matériel et spirituel bien engagé au début du XVIe siècle, fut freiné après 1550 par une série d'abbés rapaces et avares, puis les guerres de Religion l'amenèrent au bord de la disparition pure et simple.

Prise en 1572 par des mercenaires, occupée durant trois mois et finalement incendiée, l'abbaye retrouva un équilibre au XVIIe siècle. Trente moines, chiffre considérable, occupaient les locaux en 1680. Il y eut moins de religieux au XVIIIe siècle, mais l'abbaye était toujours fortunée et se tourna vers la fonction hôtelière. Alors que se développait la civilisation aristocratique de la "douceur de vivre", elle mit à profit le goût naissant pour les séjours à la campagne.

Les hôtes bénéficiaient d'un accueil de qualité dont témoignent les aménagements de l'hôtellerie. Réputée pour sa cuisine dirigée par un chef et pour son hospitalité splendide et généreuse, selon le Maréchal de Richelieu. Belleperche étalait ses jardins ornés de parterre et de volières au milieu d'un immense domaine divisé en quatre métairies florissantes.

En 1791, les dix derniers moines se séparèrent trois mois avant que l'abbaye ne soit vendue comme bien national. Il y eut, au XIXe siècle, jusqu'à six propriétaires simultanés. Convertie en château, en ferme, en coopérative agricole, en entrepôt de grain, en logements. Belleperche fut aménagée et mutilée pour s'adapter aux besoins de ses occupants. Les édifices les plus anciens, église, salle capitulaire, disparurent sous la pioche. Au terme de nombreuses vicissitudes, menacée d'être convertie en discothèqe, ce témoin précieux de l'histoire et de l'architecture du Midi devint propriété du département de Tarn-et-Garonne, qui le restaure depuis 1990 avec l'aide de l'Etat et de la région Midi-Pyrénées.

Dans son état actuel, aprés les démolitions qui ont fait disparaître les principaux édifices médiévaux, Belleperche se présente avec son visage du XVIIIe siècle. Mais les vestiges du XIIIe siècle sont nombreux et d'un grand intérêt architectural. Citons tout d'abord les énormes et exceptionnels soubassements, rythmés de contreforts, qui supportent l'abbaye sur la berge de la Garonne. Sur 90 mètres de long, ces murs forment pour les édifices un socle de 10, 50 mètres de haut, fondé sur la roche.. Du luxueux réfectoire, construit vers 1280, demeurent la porte et un remarquable pan de mur en brique et pierre à faisceaux de colonettes, dans l'esprit du gothique rayonnant de la région parisienne, adapté aux traditions méridionales.

Le passage qui reliait le grand et le petit cloître au travers de l'aile des moines reste intact, avec ses croisés d'ogives fermées par de belles clefs aux fleurs épanouies. L'infirmerie des moines, partiellement conservée dans les constructions du XVIIIe siècle, mesurait environ 37 mètres sur 10.

Elle présente un pan de mur, peint d'un faux appareil de pierre et creusé de niches qui alternaient avec les lits. Parmi les vestiges, de nombreux éléments lapidaires (chapiteaux, socles), et décoratifs (briques taillées, pavement de l'église) évoquent la richesse de l'abbaye à son apogée.

De 1701 à 1780 environ, un grand chantier de modernisation fit apparaître l'actuel bâtiment, long de 90 mètres et large de 21. Ce remodelage fait de Belleperche un remarquable exemple d'architecture monastique moderne de type rationnel. Le rez-de-chaussée contient l'escalier du dortoir, l'ancien escalier d'honneur antérieur à 1760, le grand vestibule et le second escalier d'honneur des années 1761.1763, le grenier voûté de plus de 500 mètres2, la salle-à-manger d'été et le salon de compagnie ornés de gypseries, le réfectoire moderne et son superbe décor de plâtre, la cuisine et le grand cloître voûté.

A l'étage, d'immenses galeries de circulation éclairées par de hautes baies desservent les appartements destinés aux hôtes, le salon et la salle-à-manger d'hiver, la chambre du prieur, un appartement abbatial, les cellules, les latrines."

 

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