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Eglise de Touille

Eglise de Touille, dédiée à Saint-Ferréol



Si elle franchit sans encombre les conflits armés jusqu'a la fin de la Révolution Française, sa vente comme bien national à de nouveaux riches avides de gains rapides, dans une époque où la notion de patrimoine historique n'existait pas encore, fut fatale à l'abbaye ; la revente de ses pierres comme matériaux de construction céla sa rapide disparition.

L'église, dont il ne reste rien aujourd'hui, subit le même sort ; la façade en fut rachetée par la commune de Proupiary qui en fit celle de l'église paroissiale qu'elle érigea sur une hauteur où elle est magnifiquement mise en valeur et présentée aux visiteurs, avec la chaîne pyrénéenne en arrière plan.

Les représentations de l'église de l'abbaye de Bonnefond sont rares et datent de 1845, alors qu'elle était déjà dans un état pitoyable :

 

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Reproduction du tableau de renseignements à l'intention des visiteurs placé devant l'église de Proupiary :

Un peu d'histoire ...

Ancienne église

Jusqu'à la révolution de 1789, Touille était étendu sur deux paroisses : Saint-Vincent et le bourg. Sur l'emplacement actuel de l'église, une chapelle, probablement celle de l'ancien château, traversa seule les destructions de la révolution.
Dés lors devenue trop exigue, il était inéluctable de l'agrandir : ce fut décidé en 1833. Mais le coût en était élevé : subventions, recettes, dons (notamment ceux de la famille Lasvignes alors propriétaires du château et de l'usine), la somme ne fut réunie que trente ans plus tard ! La chapelle fut détruite en 1865

Achat de la façade

Au XIXe siècle, des "marchands" de pierres écumaient le pays et dispersaient le patrimoine : l'abbaye de Bonnefont, déjà en ruines, ne leur échappait pas, et pour la sauver, au moins partiellement, après tractatios entre plusieur communes, ce fut Touille qui réunit les fonds nécessairs à l'achat, en toute légalité, de la façade occidentale de l'église de l'abbaye le 25 avril 1865.

Eglise actuelle

La construction dura de 1865 à 1886. La façade de Bonnefont fut démontée pierre à pierre et transportée à Touille au prix de 88 voyages. Traversant le Sarlat par un bac, le pont n'existant pas en ce temps là.
Las, le remontage ne put qu'être approximatif : le pignon fut imaginé et complété par une horloge, le tympan disparut et un clocher latéral fut ajouté ! En 1872, le mur du cimetière fut érigé tel qu'on peut le voir, et en 1876, l'intérieur de l'église fut achevé avec les vitraux du choeur. La consécration du maître-autel, puis des chapelles latérales eut lieu en 1877. L'horloge est enfin installée en 1886.

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L'horloge

Un grave incident fut à l'origine du déplacement de l'horlage : en 1846, le contrepoids tomba au fond de la nef, ne faisant heureusement aucune victime ! De plus, le pignon se détériorant, il fut décidé de placer l'horloge sur le clocher, où elle se trouve maintenant et de réparer le fronton : on était en 1960. La dernière touche fut mise en 1996 avec la pose de nouveaux vitraux aux trois fenêtres de la façade, d'un style dépouillé très cistercien et moderne à la fois.


DESCRIPTION :

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Les vitraux


Ceux d'origine ont disparu et n'existaient déjà plus lors de l'achat de la façade. Ceux d'aujouord'hui ont été crées en avril 1996 par Pierre Riviere, maître verrier à Saint-Jean de Verges en Ariège. L'artiste a tenu à respecter la simplicité de l'art cistercien, tant par la pureté des lignes que par la teinte du matériau. Ce souci a été approuvé par la Direction Régionale des Affaies Culturelles

IN NOMINE PATRIS ET SPIRITU ... DEDICATA EST ...

Le chrisme


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C'est le monogramme du Christ, symbôle chrétien par excellence. Complet, il comprend deux cercles périphériques représentant l'alliance du ciel et de la terre. Il est divisé en six secteurs comprenant les lettres grecques X (khi) et P (rhô) qui évoquent le début du mot "christos". D'autres symbôles peuvent être ajoutés, comme une barre horizontale pour évoquer la croix ...
Ici, ce chrisme est très abîmé, mutilé pendant la révolution, sa lecture est délicate. On y distingue le P et le X (les séparations obliques des lobes)
A gauche, on peut lire "alpha", tandis qu'à droite "oméga" a disparu ("Je suis l'alpha et l'oméga, le commencement et la fin ...). On peut voir aussi à la base, la lettre "S" inversée qui représenterait le Saint-Esprit. La lecture globale de ces lettres devrait alors être plutôt faite à la lumière d'une innovation iconographique des XI ou XIIIème siècles ; elles seraient des lettres latines : "P"= le Père, "X"= le fils, "S" le Saint Esprit ; symbôle de la Sainte Trinité

Les rosaces :

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Aucun dessin ne saurait indiquer de façon sûre la disposition d'origine des rosaces de l'abbaye de Bonnefont : ont-elles été remontées ici à l'envers ? plus haut ? ...
On remarquera que l'un a huit lobes (à gauche), et l'autre seulement six (à droite), et que leurs tailles ne sont pas identiques.
On notera que la sobriété architecturale actuelle n'est peut-être pas le reflet de la construction originale.

L'entrée principale

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De chaque côté du portail se trouvent deux colonnes de 2,65 m de hauteur : elles sont fines, d'un diamètre de 0,15 m, et ne sont pas décorées. Elles sont séparées par un pilier carré nu, en saillie, et surmontées chacune d'un chapiteau dont la corbeille est essentiellement formée de feuilles d'eau et de fleurs sans tige.
Des entrelacs séparent la corbeille du talloir, lui aussi ni. Les voussures du cintre sont formées au centre de quatre rangs de billettes cylindriques en damier, et vers l'intérieur de moullures spiralées. Un examen minutieux permet de distinguer des traces de coloration ocre et sanguine, des silhouettes de poissons polychromes. L'entablement autour du portail originel a disparu, de même que le tympan (y en avait-il un ?). Le portail lui-même n'est pas d'origine, et si l'entrée est aujourd'hui de plain-pied, il ne devait pas en être ainsi à Bonnefont.
Simplicité, rigueur, absence de superflu, l'influence cistercienne prévaut.